Ségolène Royal a assuré lundi à Berlin qu'elle voulait "rendre sa force" au couple franco-allemand, soulignant que le soutien des Etats à Airbus serait la meilleure démonstration de l'efficacité de l'Europe.
"Ma volonté la plus profonde, c'est de rendre au couple franco-allemand la force d'initiative qu'il a perdue en Europe", a déclaré la candidate socialiste à la présidentielle devant quelques centaines d'expatriés français rassemblés dans un hôtel de Berlin.
"Je voudrais renouer avec le volontarisme politique de François Mitterrand et de Helmut Kohl pour avancer dans la construction de l'Europe politique et sociale", a-t-elle ajouté.
Elle a qualifié d'"historique" sa rencontre avec la chancelière Angela Merkel, prévue mardi.
"Chaque jour qui passe où l'Europe reste affaiblie est un jour de perdu pour la création, la défense de l'emploi et du progrès social", a dit la candidate à la presse après son discours.
"Nous réussirons à refaire une réforme des institutions si l'Europe fait la preuve qu'elle est capable de faire reculer le chômage, de se protéger contre les délocalisations", avait-elle auparavant expliqué aux expatriés.
Pour Ségolène Royal, " sauver la filière aéronautique européenne " serait "le plus bel exemple de l'Europe par la preuve".
La candidate a appelé les Etats européens impliqués dans Airbus - France, Allemagne, Grande-Bretagne et Espagne - à participer à une recapitalisation d'EADS, la maison mère de l'avionneur européen.
"Je souhaite que les Etats concernés puissent se retrouver, puissent converger pour recapitaliser l'entreprise, pour la remettre debout", a-t-elle déclaré.
" Assez optimiste " sur les institutions
Le Premier ministre français, Dominique de Villepin, a annoncé lundi que l'Etat français était prêt à participer à une augmentation du capital d'EADS, pour renforcer les fonds propres du groupe de défense et d'aéronautique qui prévoit de supprimer 10.000 emplois.
La présidente de la région Poitou-Charentes a pris la tête d'un groupe de huit régions qui souhaitent entrer au capital d'EADS, à la manière des Länder allemands.
Les syndicats français d'EADS ont appelé à la grève et à des manifestations mardi.
Ségolène Royal s'est dite "assez optimiste" au sujet de l'évolution institutionnelle de l'Europe, "parce que cette volonté politique est aujourd'hui très prégnante".
Dans un entretien au quotidien Le Monde daté du 6 mars, elle souhaite que la troisième partie du traité européen, rejeté par les Français en 2005, soit remplacée par un "protocole traitant des politiques nouvelles, du progrès social, des services publics et de l'environnement".
Ce nouveau traité serait soumis à un référendum en France avant les élections européennes de juin 2009 ou en même temps.
Devant la presse, Ségolène Royal a confirmé qu'elle était favorable à une modification des statuts de la Banque centrale européenne (BCE) pour qu'elle prenne autant en compte la croissance et l'emploi que l'inflation.
"Je suis favorable à l'ouverture d'une réflexion et à l'élargissement des statuts de la Banque centrale européenne pour que son objectif ne soit pas seulement le taux de change", a-t-elle déclaré, ajoutant que cette modification "fait partie d'une approche globale" tendant au "renforcement du gouvernement économique de la zone euro".
Aux expatriés, elle a annoncé une série de mesures les concernant, proposant notamment de faire bénéficier de la protection sociale française pendant un an les "porteurs d'un projet économique, culturel ou social", de doter les consulats d'un "dispositif d'assistance aux femmes et aux enfants", ou d'assurer une meilleure représentation des Français de l'étranger à l'Assemblée nationale.
Elle a aussi souhaité "avancer résolument" sur la question du vote par correspondance des expatriés et a affirmé, sous les applaudissements, qu'elle ne souhaitait pas mettre en place la "contribution citoyenne" sur les expatriés, proposée par Dominique Strauss-Kahn.
Elle s'est enfin fixé pour objectif de permettre aux Français résidant hors de l'Union européenne de bénéficier d'une "protection sociale minimale" à la fin du prochain quinquennat.
Environ 100.000 Français sont installés en Allemagne, dont 30.000 à Berlin. Au total, quelque 850.000 Français vivant à l'étranger sont inscrits dans les bureaux de vote à travers le monde.
Source Reuters


