Pour finir, voici la pertinente analyse de Florence Müller publiée dans le quotidien espagnol La Vanguardia sur “la” femme du second tour. Il y a plus à dire… et oui, je sais, l’habit ne fait pas le moine et non, on ne choisira pas son/sa présidente selon ses vêtements. Mais quand même…
Hier soir, la tenue de Ségolène Royal était en adéquation avec ses propos : exit le corsage classique et discret. Cette fois, c’était une tenue de battante : blanche, un symbole fort depuis son meeting de Villepinte, mais dont le col montant mettait en valeur son visage et marquait l’offensive.
Il y a quelques points communs entre Ségolène Royal et Sharon Stone. Toutes les deux sont des femmes d’âge mûr aux opinions politiques tranchées. Toutes deux sont séduisantes et photogéniques.
L’affiche électorale de Ségolène Royal, qui montre son visage vu de très près et de trois-quarts, est une superbe photo en noir-et-blanc qui a été prise par Emmanuel Scorcelletti, le photographe des stars, auteur d’un livre sur Sharon Stone et familier des coulisses du festival de Cannes. Un portrait à la fois sophistiqué et naturel qui tranche, par sa noblesse et son élégance, sur la banalité des autres affiches électorales de cette campagne 2007.
La frontière entre le monde de la politique et le show business a tendance à s’amenuiser depuis le milieu des années 90, époque à laquelle les leaders politiques français ont commencé à attacher de l’importance à leur look et à poser dans la presse people. Mais c’est la première fois que le style des candidats est au cœur de la campagne, parachevant une “américanisation” du système politique.
Aujourd’hui, le président est choisi au moins autant pour son image (et la qualité de sa mise en scène) que pour le contenu de son message politique.
A ce jeu-là, Ségolène Royal possède une avance indéniable sur ses concurrents. La candidate socialiste a commencé à entrer en campagne le jour où elle a fait la couverture souriante du magazine Elle à la mi-janvier 2006 (un journal qui n’a rien de politique !).
Sa séduction naturelle peut devenir rapidement un argument électoral. Le phénomène n’est pas nouveau : rappelons-nous John Kennedy ou même, plus récemment, Jacques Chirac. Mais la façon dont Ségolène Royal en joue pour séduire les électeurs est à la fois très raffinée et inédite en politique (au point que certains dirigeants socialistes persiflent contre elle en disant que “la campagne électorale n’est pas un concours de beauté”).
Pour la première fois depuis l’impératrice Eugénie, une femme de pouvoir française redevient une icône au point que les médias auscultent en permanence son “dress code” et que certains grands créateurs comme Nicolas Ghesquière (Balenciaga), Armani ou Sonia Rykiel aimeraient beaucoup la “relooker”.
Le style de Ségolène, c’est d’abord un choix de couleurs. Le tailleur blanc ou noir est souvent privilégié, lointaine évocation des codes de Chanel – un mélange d’hyper-élégance et d’austérité. Le choix du blanc a fait l’objet de nombreux commentaires : c’est évidemment le symbole de la pureté, en accord avec une image de “madone” que la candidate revendique implicitement.
Parfois, en situation de devoir attaquer ses adversaires ou de faire un coup d’éclat en meeting, Ségolène ose le rouge ou la veste en cuir noir. Quand elle repart des meetings, on la voit souvent porter un trench-coat, un indice autant BCBG que fashion.
Ségolène Royal combine diverses inspirations vestimentaires qui peuvent paraître contradictoires mais qui, finalement, sont au service de l’efficacité politique.
Pour résumer, il y a deux parties dans son “look” : le haut est celui d’une “executive woman”, d’une femme de pouvoir sûre d’elle et bien dans sa peau. Le bas de la silhouette est très différent, beaucoup moins glamour : malgré la beauté de ses jambes, sa jupe cache le genou et les souliers sont loin d’être sexy (elle ose rarement le pantalon et aime porter des escarpins à talons bas).
Pour un peu, on croirait voir une intégriste versaillaise. La presse féminine, qui s’intéresse beaucoup à la question, lui reproche de ne pas aller assez loin dans sa recherche d’élégance vestimentaire : on condamne son style “maîtresse d’école”.
Il est vrai que les marques de vêtements qu’elle sélectionne (Paule Ka et Irène van Ryb) sont des marques de moyenne gamme, dont le prix se situe au-dessus de celui de Zara mais très loin en-dessous de Dior ou Chanel.
En outre, pour pouvoir “rassurer”, la candidate socialiste ne peut pas aller trop loin dans l’extravagance de mode. Il est toujours désastreux pour une femme mûre de jouer à ressembler à sa fille, et en politique c’est pire. Chez elle, l’enjeu vestimentaire est simple : il s’agit de s’imposer dans un univers machiste en jouant la carte de la féminité mais surtout pas de la jeunesse.




