
ermées depuis 1972, les galeries des Gobelins (42, avenue des Goblins, Paris-13
e) ouvrent leurs portes au public à partir du 12 mai. Deux grands halls, de 500 m
2 chacun, rénovés par l'architecte muséographe Didier Blin (pour 3,5 millions d'euros), présentent des oeuvres du XX
e siècle et, à l'étage, quinze tentures historiques, dont sept viennent d'entrer dans les collections nationales grâce au mécénat d'une banque, Natixis (1,8 million d'euros). Les tapisseries sont installées au milieu de pièces tirées du Mobilier national, dont fait partie la Manufacture des Gobelins.
Ce hall d'exposition a été incendié en 1871, pendant la Commune, et la IIIe République attendra 1922 pour inaugurer le nouveau bâtiment, de style Beaux-Arts, élaboré par l'architecte Jean-Camille Formigé. Dès 1949, ces galeries sont à demi fermées : il faut en effet y installer les métiers à tisser de la Manufacture de Beauvais (autre entité du Mobilier national), dont les bâtiments ont été détruits dans les bombardements de 1940. Le retour des métiers à tisser en Picardie et l'ouverture à Beauvais d'une galerie d'exposition, en 1976, aggravent paradoxalement la situation des Gobelins, dont les halls d'exposition sont totalement fermés. Sans que le public ne s'en émeuve particulièrement.
Il faut dire que l'art de la tapisserie, à trop vouloir copier la peinture, a beaucoup périclité depuis le XVIIIe siècle. "On a du mal à juger les oeuvres du XIXe siècle, soutient Bernard Schotter, administrateur général du Mobilier national. Les grandes réalisations des manufactures nationales pour le pouvoir royal ou impérial ont disparu dans les incendies des Tuileries ou du château de Saint-Cloud. Mais on sait qu'à la fin du XIXe siècle, ou au début du XXe, Monet, Odilon Redon et Dufy se sont intéressés à la tapisserie, sans parler des représentants de l'Art nouveau."
L'ARTISTE ET LE LISSIER
Il y eut ensuite, dans les années 1950, la flambée Jean Lurçat. Cet artiste entendait recréer un art totalement original, déconnecté du modèle pictural. Il entendait notamment maîtriser toutes les étapes de l'élaboration d'une tapisserie. "Or, soutient Bernard Schotter, l'artiste créateur du motif, le carton, et le lissier qui l'exécute doivent travailler ensemble. Le second apportant des solutions techniques et interprétant l'oeuvre au sens musical du terme." C'est ainsi que l'on peut voir, au rez-de-chaussée des Gobelins, des tapisseries réalisées entre 1997 et 2007, d'après des oeuvres (originales ou non) d'artistes français ou étrangers - Jean-Michel Alberola, Christian Bonnefoi, Buraglio, Garouste, Aki Kuroda, Philippe Cognée, Erro, Aki Kuroda, Shirley Jaffrey ou Raymond Hains. Leur traduction en laine apporte-t-elle une dimension supplémentaire ? Rien n'est moins sûr.
Ces oeuvres, exécutées dans une manufacture nationale, ne sont pas commercialisées, mais destinées à orner les palais nationaux et les ambassades - ou à figurer dans des expositions. Il s'agit là d'une spécificité française, car l'art de la tapisserie a largement disparu du vocabulaire artistique. Cette rétrospective, qui laisse perplexe, se clôt par une installation de Monique Frydman à partir d'écheveaux de laine brute.
La suite de l'exposition, au second étage, est historique. On peut y voir les quinze tentures de la suite d'Artémise, exécutées à la demande d'Henri IV, vers 1607, d'après des dessins d'Antoine Caron de 1540. La série a été démembrée dès le règne de Louis XIV et vendue en Angleterre. Les sept pièces manquantes sont apparues sur le marché français il y a trois ans. Le mécénat a permis leur retour au sein des collections nationales.
Elles sont présentées aujourd'hui au milieu d'un mobilier qui, à partir de la fin du XVIIIe siècle, décline cent ans de commandes publiques : du baromètre livré à Louis XVI en juillet 1789 - on ne sait pas quel temps il annonçait pour le roi - à l'énorme bénitier de cristal offert à l'impératrice Eugénie, en passant par des vases de Sèvres surdimensionnés.
"Nous avons voulu montrer une certaine continuité de l'Etat", souligne Arnauld Brejon de la Vergnée, directeur des collections du Mobilier national. On ne peut pas dire que la commande publique ait échappé à la légèreté et à la créativité. En est-il autrement aujourd'hui ?