En route pour soutenir, mercredi 6 juin, des candidats aux législatives dans l'Est de la France, parmi lesquels Jean-Pierre Chevènement et Aurélie Filippetti qui firent partie de son équipe de campagne, Ségolène Royal pense à l'avenir. "Il faut redonner la parole aux militants, dit-elle dans le petit avion privé qui la ramène à Paris. Après deux élections, ça me paraît évident." Un vote, donc, sitôt après les législatives. Mais pour demander quoi ? L'ex-candidate à l'élection présidentielle tourne autour du pot. "Un calendrier…", avance-t-elle sans convictions. Elle ne veut pas dire qu'elle souhaiterait un congrès anticipé pour prendre la direction du PS. "Ce n'est pas à moi d'accélérer, les choses sont assez évidentes", souffle Mme Royal.
Elle a consulté son équipe. Cinq de ses proches ont dîné avec elle, lundi. Trois l'accompagnent aujourd'hui, François Rebsamen, son ex-codirecteur de campagne, numéro deux du PS, David Assouline, sénateur de Paris, et l'économiste qui la conseille, Thomas Piketty. Tous sont formels : l'ex-candidate doit sans tarder prendre les rênes du parti, pour asseoir son autorité et éviter que les nouveaux adhérents, lassés, ne s'en aillent. "Tu n'as pas d'autre choix", lui ont-ils fait valoir. "Il y a deux stratégies possibles pour le PS, l'audace ou l'enlisement, affirme M. Rebsamen. Le seul signal de la rénovation, ce sera l'arrivée de Ségolène Royal."
Pression sur François Hollande
On devine chez elle une conviction partagée. Mais la présidente de la région Poitou-Charentes reste prudente. "Je m'adapterai à tous les timings", souligne-t-elle. Dans l'hypothèse où elle devrait patienter, tout est prévu : début juillet, elle organisera dans sa région un séminaire de travail avec des proches et des personnalités extérieures au parti ; elle a donné son accord à Walter Veltroni, le maire de Rome avec lequel elle a récemment déjeuné, pour constituer un groupe de travail européen sur la gauche ; et elle s'offrira des tribunes autant qu'elle le voudra, en répondant aux invitations d'universités étrangères, – au Japon, notamment –, et dans les écoles de Sciences-Po en France. Un voyage au Québec est prévu cet été. Depuis plusieurs jours, l'ex-candidate retravaille, un par un, les dossiers économiques et sociaux.
François Hollande, lui, a redit, jeudi matin, sur RTL, son intention d'achever son mandat "lors du prochain congrès théoriquement fixé en 2008" comme il l'avait annoncé. Le premier secrétaire a assuré qu'il resterait à la tête du PS jusqu'à cette date, ayant "la confiance des adhérents du Parti socialiste, et c'est déjà beaucoup".
Les pressions s'accroissent cependant sur M. Hollande pour qu'il anticipe son départ, même en cas de bons résultats aux législatives – certains responsables lui ayant vanté le bénéfice d'une sortie "par le haut". Les statuts du PS prévoient qu'un minimum de 35 fédérations peuvent demander une consultation des militants, sans attendre le congrès prévu après les municipales de 2008.
Le premier secrétaire a annoncé qu'il ne participerait pas, jeudi 7 juin, au dernier meeting avant le premier tour des législatives prévu à Lille, en compagnie de Mme Royal et de Laurent Fabius, en arguant qu'il était retenu dans sa circonscription de Corrèze. Un geste inhabituel chez lui.
Isabelle Mandraud / Le Monde

e présenterai ma propre motion au congrès", a lâché Ségolène Royal, jeudi 7 juin, dans une conversation informelle avec des journalistes en démarrant une journée de soutien aux candidats PS aux législatives dans le Pas-de-Calais. Elle a également precisé qu'elle acceptait la décision de François Hollande de rester premier secrétaire jusqu'à ce congrès, qui doit normalement avoir lieu à l'automne 2008. "S'il avait démissionné, j'aurais été candidate" au poste de premier secrétaire, a-t-elle précisé.