Ah, ça l’épate, Dieu. C’est vrai que c’est autre chose que le culte de la Rolex et des Ray-Ban. Le veau d’or. Quoique, depuis le départ de Cécilia et l’arrivée de Carla, ce soit plutôt le Vaudeville.
Il n’en revient pas, lui, le politique qui n’a jamais juré que par le pragmatisme et le cynisme. Il y a donc autre chose que les rapports de force. Un sens à la vie. Alléluia, parvenu au faîte du pouvoir, le petit Nicolas, vient de découvrir la transcendance. Et il a décidé de nous en rebattre les oreilles. De Latran à Paris, en passant par Ryad.
C’est le drame de ce garçon. Son jardin secret s’arrête à Didier Barbelivien. C’est un peu court pour combler les béances existentielles.
François Mitterrand, et Charles De Gaulle n’ont pas connu cette angoisse. Maurras, Barrès, Péguy, Chateaubriand, Mauriac étaient venus, dès le plus jeune âge, étancher leur soif d’absolu. Et ces deux catholiques de tradition - mais jamais traditionalistes - n’ont jamais étalé leur foi, tant elle leur était consubstantielle. Parce que croyants authentiques, ils ont pu être laïcs.
Mais rue Fortuny, à Paris, où grandit le jeune Nicolas, c’était plutôt mets ton pull que métaphysique. Dieu était sur la commode et les patins près de la porte d’entrée. Jamais, tout à sa revanche contre le monde – entendez le père absent – l’adolescent n’a pris le temps de s’arrêter et de réfléchir.
C’est vrai qu’être chiraquien à 20 ans – surtout dans les années 70 où l’engagement était à la mode - témoigne d’une curiosité étriquée. Que diable n’a-t-il emprunté les chemins de Katmandou, ceux de l’extrême-gauche ou – même - de l’extrême-droite, comme Patrick Devedjian ? Cela l’eut vacciné contre les paradis artificiels, les utopies meurtrières et les extrémismes.
Trente ans plus tard, nous payons la facture. Après les fêtes, voici la crise de foi. Comme les nouveaux convertis, Saint Nicolas s’en va, prêchant à tort et à travers.
Je viens de refermer l’excellente biographie qu’Andrew Morton vient de consacrer à Tom Cruise. Et je ne puis m’empêcher de faire le parallèle entre l’acteur Hollywoodien et le comédien de l’Elysée. Non pas simplement parce que l’un et l’autre ont toujours eu des compagnes qui les dépassaient de quelques centimètres.
En 2004, le second a reçu le premier, à Bercy. Longtemps, je n’ai cru qu’à un bon coup médiatique. Côté Français, le candidat putatif de la droite s’affichait avec une vedette populaire susceptible de drainer vers lui les suffrages de la jeunesse. Côté scientologie, la réception de l’acteur venait spectaculairement restaurer l’image de la secte, passablement écornée par des années de procédures judiciaires. Chacun y trouvait son compte.
J’ignorais, alors, combien la trajectoire des deux hommes était similaire. Même absence du père, même accession précoce à la notoriété, même indigence culturelle. Et surtout, un basculement identique, à quelques années de différence, dans le premier bric-à-brac spirituel venu. La scientologie pour Cruise, la mystique religieuse pour Sarkozy. Comment ces autocrates exaltés ne se seraient-ils pas reconnus ?
Relisez bien les récents propos de Nicolas Sarkozy sur la religion. Ce n’est pas tant le catholicisme qu’il exalte que la foi. Tous fils d’Abraham. Et même si, dans le Panthéon des religions du livre, l’ami Allah reste un tantinet suspect, il est néanmoins plus fréquentable qu’un Voltaire ou, plus près de nous, qu’un Michel Onfray.
L’ennemi, c’est l’homme sans Dieu. Comme s’il ne pouvait y avoir de questionnement métaphysique – et partant de réponses – hors de cette figure. N’en déplaise à Sarko, depuis Emmanuel Kant, trois siècles de Philosophie ont démontré le contraire. Encore faut-il avoir fréquenté les bons auteurs. Et c’est là que le bât blesse.
Un ignare ne pouvait embrasser que la foi du charbonnier. Un Max Gallo ou un Régis Debray , deux marxistes qui ont rencontré sur le tard, la religion catholique, ont, dans leurs bagages, la connaissance historique qui les vaccine contre toute exaltation. Paradoxalement, la foi est, chez eux l’aboutissement d’un long chemin rationnel. Et n’a point besoin de s’exhiber comme la première Carla Bruni venue.
La civilisation qu’appelle de ses vœux le converti de l’Elysée, (lieu qui chez les grecs, rappelons-le, désignait l’endroit où séjournaient les héros et les vertueux après leur mort), ressemble à un patchwork communautaire régi par autant de préceptes qu’il y a de divinités. Mollah, rabbins et curés, réjouissez-vous, voilà qu’on vous appelle à reprendre du service. Au nom de la République. Et comme la table du banquet est large, on ne manquera pas d’y inviter Scientologues et Témoins de Jéhovah.
Au-delà de la laïcité, ce sont les Lumières que Sarkozy vient ébranler. Dans son monde, ce n’est plus le citoyen, figure de l’universel qui est le pilier central, mais l’individu, enfermé une fois pour toutes dans une communauté théocratique d’origine. Bonjour la liberté de conscience, l’émancipation culturelle, la mobilité sociale…
La religion comme instrument de régulation politique, le projet n’est pas nouveau. Il y a quelques années encore, ne dénonçait-on pas l’opium du peuple ? Mais il est vrai qu’il faut brûler 68 – pour une fois que j’en fais l’éloge !
Qu’un ancien ministre de l’intérieur – qui est également ministre des cultes – veuille contrôler les esprits ne devrait pas nous surprendre. L’alliance du sabre et du goupillon est une constante de l'Histoire de France.
En 1905, la France, fille aînée de l’Eglise, a su inventer le compromis qui nous permet de vivre ensemble, citoyens d’une même République, quelles que soient nos convictions en tant qu’individus.
Ce fragile édifice, dont le chaos du monde contemporain restitue la modernité, doit être protégé. Il serait criminel de revenir en arrière. Hélas, je ne suis pas sûr que Nicolas Sarkozy soit à la hauteur de l’enjeu. Chaque fois que je l’entends pérorer sur le sujet, le silence de ces espaces infinis m’effraie…
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