Une semaine après le premier tour, les Français sont à nouveau appelés aux urnes dimanche pour le second tour des élections municipales et cantonales, qui s'annonce à nouveau favorable à la gauche.
Quel sera le message adressé par les Français à Nicolas Sarkozy? Amplification de la poussée à gauche enregistrée dimanche dernier, ou légère correction en faveur de la droite, tout dépendra des abstentionnistes du premier tour et des reports de l'électorat MoDem, objet de toutes les attentions entre les deux tours.
La gauche, forte de ses 47,5% au premier tour, contre 44,4% pour la droite, espère confirmer l'avantage pris au premier tour. "L'objectif global n'a pas changé", explique Bruno Le Roux, le "M. élections" du PS.
Avant le premier tour, François Hollande s'était fixé comme objectif de reprendre à la droite 30 villes de plus de 20.000 habitants, ce qui permettrait à la gauche de diriger la majorité des villes grandes et moyennes.
Neuf villes ont basculé dès le premier tour: Rouen, Alençon, Chalon-sur-Saône, Rodez, Laval, Bourg-en-Bresse, Saint-Benoît (Réunion), ainsi que Dieppe et Vierzon, remportées par le PCF. La gauche a perdu Chaumont et Le Puy, où deux membres du gouvernement, Luc Chatel et Laurent Wauquiez, ont été élus.
Au vu des résultats du premier tour, la gauche s'achemine vers des victoires à Strasbourg, Caen ou Blois. Mais les deux élections-tests de ce second tour sont sans conteste Marseille et Toulouse, deuxième et quatrième villes de France, qui pourraient se jouer à quelques voix. Si le PS, déjà assuré de conserver Paris et Lyon, les remportait, il dirigerait les quatre plus grandes villes de France.
Pour ce faire, il mise sur une amplification du vote-sanction contre Nicolas Sarkozy. Les leaders du PS ont pris au mot la promesse, faite mardi par le président à Toulon, de "tenir compte" du résultat des municipales. "Si vous voulez qu'il vous entende, venez voter aux élections municipales et cantonales", a répliqué François Hollande.
Du côté de l'UMP, dont le secrétaire général Patrick Devedjian a reconnu que ce second tour était "difficile", on se contenterait bien volontiers de sauver Marseille et Toulouse, et de limiter les dégâts ailleurs grâce à une remobilisation des abstentionnistes du premier tour.
Dimanche dernier, la participation a été la plus faible pour des élections municipales sous la Ve République, avec 66,5% des inscrits aux urnes. Selon un sondage CSA sur le premier tour, 32% des abstentionnistes avaient voté pour Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, 15% pour François Bayrou et 13% seulement pour les candidats de gauche. Il s'agit principalement de l'électorat populaire anciennement au Front national séduit par le candidat UMP, et aujourd'hui déçu par les 10 premiers mois de sa présidence. "Si cet électorat se déplace et vote pour l'UMP, cela peut limiter l'ampleur de la victoire de la gauche", estime Stéphane Rozès, directeur général de CSA.
D'où les appels insistants lancés entre les deux tours par l'UMP en direction de l'électorat populaire. Lors d'un déplacement mardi à Toulon, Nicolas Sarkozy a repris son discours de campagne sur l'immigration, dans ce qui ressemblait fort à un appel du pied appuyé à l'électorat le plus à droite.
La deuxième clé du scrutin sera le report des électeurs du MoDem. La danse du ventre des deux camps devant François Bayrou n'avait pas d'autre but. En l'absence d'accord national avec le PS comme avec l'UMP, les candidats centristes ont opté pour des stratégies à géométrie variable.
Quel sera le comportement de leur électorat dans les villes où ils n'ont pu se maintenir? "Les électeurs de François Bayrou sont principalement portés à gauche", observe le politologue Dominique Reynié.
Les électeurs d'extrême gauche devraient pour leur part se reporter en majorité sur les candidats socialistes et communistes. La LCR, qui a dépassé les 5% dans 109 villes, a appelé à "battre la droite".
Ce second tour redessinera le paysage politique du pays. Même si Nicolas Sarkozy a exclu par avance tout remaniement d'ampleur ou tout changement dans la politique gouvernementale, une déroute dimanche l'affaiblirait encore et exacerberait les tensions dans la majorité. Mercredi en conseil des ministres, le chef de l'Etat aurait désavoué la main tendue par l'UMP au MoDem, selon "Le Parisien-Aujourd'hui".
A gauche, le PS, requinqué par sa victoire annoncée, pourrait préparer dans un meilleur climat son congrès prévu à l'automne, à condition de ne pas retomber immédiatement dans des querelles entre présidentiables mises entre parenthèses pendant la campagne.
Quant à François Bayrou, qui joue une partie de son avenir politique dans une triangulaire difficile à Pau, il se retrouve à la tête d'un MoDem éclaté entre tenants de l'alliance avec la droite et avec la gauche.
"Le premier tour a été très local, le second tour est plus national. C'est le rapport de force national gauche-droite qui va s'exprimer, et je pense qu'il est plus favorable à la gauche", conclut M. Reynié.
AP.