En campagne pour les municipales, les socialistes pensent aussi très fort à leur congrès, prévu à l'automne, où sera élu le successeur de François Hollande au poste de Premier secrétaire. L'affrontement annoncé entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë pour le leadership du parti, et donc pour la présidentielle de 2012, pourrait démarrer dans la foulée du 16 mars.
La candidate socialiste de 2007, forte de sa désignation par 60% des militants à l'automne 2006 et de ses 17 millions de voix au second tour, a pris une longueur d'avance sur le maire de Paris, coincé par la campagne parisienne.
Pendant cette campagne municipale, Ségolène Royal aura totalisé 200 visites à des candidats socialistes, selon le sénateur de Paris David Assouline, organisateur de ses déplacements. La présidente du conseil régional de Poitou-Charentes a libéré son agenda pour d'autres déplacements dans l'entre-deux-tours.
Officiellement, ce tour de France n'est destiné qu'à aider les candidats socialistes. "Si c'était pour briguer le parti, les choses se feraient de façon plus ciblée", dit-on dans l'entourage de Mme Royal.
Mais cette tournée aura permis à Ségolène Royal de s'assurer quelques soutiens très utiles le moment venu et de mesurer que sa popularité était intacte dans l'électorat socialiste.
Mme Royal, qui avait déjà laissé entendre début janvier qu'elle pourrait se porter candidate à la direction du PS, ne cache pas sa volonté de présenter une motion au congrès, et paraît sûre de son fait. "Je crois que je serai majoritaire", confiait-elle mercredi soir à Toulouse.
Elle pourrait annoncer sa candidature au poste de Premier secrétaire très rapidement après les municipales. "Ségolène Royal sera complètement disponible", prévient M. Assouline. Sa désignation par les militants, qui élisent le Premier secrétaire selon les statuts actuels du PS, équivaudrait à une pré-désignation pour 2012. Alors que le calendrier adopté après la présidentielle de 2007 prévoit la désignation du candidat en 2010.
La présidente de Poitou-Charentes est d'autant plus pressée qu'elle risque de trouver très rapidement sur son chemin un certain Bertrand Delanoë. Le maire de Paris a répété pendant toute la campagne qu'il n'était "préoccupé que par l'avenir de Paris". Mais il a pris soin de bloquer une journée par semaine pour soutenir des candidats socialistes en province.
Lui aussi pourrait sortir rapidement du bois après sa réélection annoncée à Paris. Fort de sa popularité, il prône "un vrai premier secrétaire" ayant "l'autorité, la force pour remettre en route le PS et pour s'opposer à la droite". En plus des amis de Lionel Jospin, il pourrait réunir derrière lui tous ceux, nombreux, qui ne supportent pas Mme Royal au PS.
Ce duel annoncé entre deux personnalités qui n'ont aucun antagonisme sur le fond ne laisse pas d'inquiéter la direction sortante du PS. Mais aussi les "reconstructeurs", amis de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius qui ne veulent ni de Bertrand Delanoë, ni de Ségolène Royal. Candidats quasi-déclarés au poste de Premier secrétaire, Julien Dray et Pierre Moscovici, sont sur cette ligne.
Tous agitent le spectre du congrès de Rennes de 1990, marqué par l'affrontement entre Laurent Fabius et Lionel Jospin. "Si on revient au choc des présidentiables, on repart dans des débats qui ressemblent plus à Rennes qu'à un bon congrès", avertit Bruno Le Roux, proche de François Hollande. L'enjeu est il est vrai énorme pour un PS plongé dans la crise depuis sa double défaite de 2007, et qui ne peut se permettre une nouvelle guerre des chefs.
Pour conjurer ce risque, François Hollande, qui aimerait partir en beauté, tente de mettre en place un processus de rénovation en deux temps. Une convention nationale serait réunie en juin pour entériner une modification des statuts. Le congrès lui-même se tiendrait à l'automne. Ce calendrier devrait être présenté au conseil national réuni le 25 mars à Paris pour tirer les enseignements des municipales.
Une chose est sûre: une vague rose aux municipales favoriserait la préparation du congrès.
Emmanuel Georges-Picot / AP



