«Il faut que les socialistes aient le courage de remettre en cause un certain nombre de dogmes et de slogans pour vraiment inventer le socialisme du réel et du 21ème siècle.»
En ce jour sans campagne, nous pouvons nous replonger dans le passé avec délices pour nous enrichir avec l'INA de ces 1001 épisodes qui ont fait l'histoire du PS. Pour ce faire, le site de l'INA est un excellent véhicule pour voyager dans le temps...
- Rocard et les rocardiens en 1994: http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=CAB94100154
On y retrouve Alain Bergougnioux (DSK, responsable étude du PS) ainsi qu'un visuel sur le fait que le rapprochement Aubry-Cambadélis des "réformateurs" n'est pas nouveau.
- S. Royal et la croissance verte en 1992: http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=CAC92027403
Pour ceux qui prétende préempter cette thématique ou nous faire croire que S. Royal n'a pas été en avance sur le sujet, elle évoquait déjà en 1992 le thème de la croissance verte.
- Rupture entre J. Drai et A. Montebourg en 2003: http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=2222006001019
Ou comment, 1 an après la fondation du "Nouveau Parti Socialiste", J. Drai a rejoint la majorité du PS avec déjà un Melanchon très "caustique"
- Quand Montebourg voulait s'allier avec L. Fabius et H. Emmanuelli en 2005: http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=2908497001014
- Lionel Jospin et ses fidèles en campagne en 1995: http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=PAC02040921
Cela permets de se rappeller qu'il avait déjà déclaré forfait en ... 1993 avant de revenir. Et puis surtout de voir ceux qui seront au coeur du dispositif jospiniste avec Daniel Vaillant.
- Lionel Jospin à Toulouse en campagne en 1994: http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=2572728001028
Un premier vrai faux retour avec Kader Arif en fidèle soldat...
- 3 proches de Francois Mitterand en campagne dont S. Royal & J. Glavany en 1988: http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=CAC88025679
Une interview très intéressant avec déjà un gout du défi à relever pour Ségolène avec en prime un visuel de Jacques Attali jeune.
Amitiés et bon vote !
Merci a Fabien pour cette compilation exceptionnel
Dans la famille Ségolène Royal, les think tanks sont une espèce en voie de développement.
Dans la famille Ségolène Royal, les think tanks sont une espèce en voie de développement, après avoir été une espèce en voie de disparition. Selon nos informations, on dénombre déjà cinq think tanks ou groupes assimilés constitués ou sur le point de l'être, alors que les groupes d'experts et d'intellectuels avaient été les grands absents des derniers mois de la campagne officielle de la candidate faute de coordination et d'attention.
On a donc désormais une véritable "constellation ségoliniste". Il y a d'abord le cercle traditionnel, "Désirs d'avenir", présidé désormais par l'avocat Jean-Pierre Mignard, depuis la démission de Christophe Chantepy. Force politique de terrain, fortement implantée en régions, lieu de diffusion des idées ségolinistes, notamment à partir d'un site très populaire, Désirs d'avenir est l'organisation officielle de Ségolène Royal. De nombreux groupes thématiques, et de multiples intellectuels, y participent.
Cercle plus informel et plus secret, Ségolène Royal s'est entourée depuis sa défaite en 2007 d'un petit nombre d'intellectuels qu'elle voit régulièrement et fait travailler. On y retrouve des figures essentielles de sa campagne comme Dominique Méda ou Patrick Weil, ou sa fidèle collaboratrice, Sophie Bouchet-Petersen. Ce groupe est pour l'heure encore très informel et n'est pas encore structuré en association - il ne porte pas non plus de nom. Mais il est sans doute, sur le plan des idées, le groupe le plus influent auprès de l'ancienne candidat socialiste.
Le groupe dit "des économistes" apporte des idées régulièrement à la candidate. On y retrouve Thomas Piketty ou encore Philippe Aghion, qui vient de l'inviter à Harvard pour une série de conférences. Plusieurs membres de l'école économique de Paris, ou du CEPREMAP, se réunissent régulièrement pour tester des propositions économiques et structurer, sinon un programme, du moins des interventions et des tribunes.
"Emergence(s)" est le nom d'un think tank de hauts fonctionnaires et d'experts structuré récemment au service de la candidate socialiste, et organisé sous la forme d'une association par son nouveau directeur de cabinet Cyril Piquemal, énarque qui vient du ministère des affaires étrangères (le bureau de l’association est composé de Cyril Piquemal, président, Nicolas Colin, secrétaire général et Simon Janin, trésorier). Le groupe a publié sa profession de foi et a créé le site web émergence(s). Jeune quoique très technocrate, cette équipe incarne la nouvelle génération des experts du ségolinisme.
Pierre Bergé, et certains des membres de l'association des amis de Ségolène Royal, ont également créé un think tank au service de la candidate, et la première réunion a eu lieu, en présence de Mme Royal, avec la participation de plusieurs intellectuels de premier plan, dont certains appartiennent aux réseaux mentionnés ci-dessus. Stéphane Chomant est le secrétaire général de ce groupe.
On dénombre donc déjà une petite dizaine de groupes, think tanks, cercles et clubs qui s'organisent autour de Ségolène Royal. Sans compter les nombreux groupes de travail thématiques plus informels et les groupes d'idées en Régions. Groupes ségo-centriques ou ségo-centripètes, tous ces cercles, associations et autres think tanks devront apprendre à coexister et devront être coordonnés si Ségolène Royal envisage de produire une "machine à idées" efficace capable de rivaliser avec celle que Nicolas Sarkozy avait su mettre en place dès 2002 autour d'Emmanuelle Mignon (voir notre dossier sur La Machine à Idées de Sarkozy).
Émergence(s) est une association dont l’objet est d’aider la gauche à reconquérir le pouvoir et à l’exercer dans la durée.
Tous adhérents du Parti socialiste, ses membres sont ingénieurs, universitaires, professionnels de la communication ou hauts fonctionnaires.
Émergence(s) s’est dotée d’un programme de travail dont la finalité est de donner à la gauche les éléments de stratégie et d’organisation indispensables pour gagner en 2012. Intégré et cohérent, ce programme de travail comporte quatre axes :
Comprendre, dans leur diversité, les souffrances, les espérances, les croyances, les valeurs de la société française. Émergence(s) veut capter les tendances profondes qui la travaillent, au moyen de matériaux bruts (sondages, blogs) ou affinés (études sociologiques, essais).
Analyser les politiques publiques censées offrir à nos concitoyens les sécurités et les protections dont ils sont aujourd’hui privés et qui devraient leur permettre de se projeter en confiance dans l’avenir. Émergence(s) souhaite notamment faire émerger des collectivités locales gérées efficacement par la gauche toutes les idées susceptibles d'être mises en avant et, demain, d’être généralisées.
Formuler les messages et les discours capables de mobiliser et de rencontrer un écho large et durable auprès de nos concitoyens. Émergence(s) entend donner du sens aux propositions qu'elle formulera en les confrontant à un imaginaire, à un système de valeurs, à des représentations.
Organiser une stratégie électorale fondée sur les messages qui auront été dégagés, l’étude de cas exemplaires et l’exploitation méthodique de la littérature consacrée à l’art et la manière, pour la gauche, de gagner des élections.
L'association Émergence(s) n’est ni un parti politique, ni un comité de soutien, ni un club de réflexion. Elle se conçoit plutôt comme une plate-forme de service pour tous les dirigeants politiques de gauche intéressés. En cela, ses travaux sur les idées, les discours ou l’organisation de la gauche ont une finalité résolument opérationnelle.
Le site www.emergence-s.org met à disposition de tous des notes de travail, mises en ligne au rythme minimal d'une par semaine. Ces documents engagent exclusivement l'association Émergence(s) et ses membres.
Le bureau de l’association est composé de Cyril Piquemal (président), Nicolas Colin (secrétaire général) et Simon Janin (trésorier).
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Nous, membres d'Émergence(s), constatons et déplorons le lent déclin de la gauche et de ses valeurs dans notre pays. Trois défaites consécutives à l’élection présidentielle nous imposent de comprendre comment nous en sommes arrivés là. En cette heure décisive, nous avons une triple ambition : redonner à la gauche son assurance et sa fierté ; la faire gagner ; la faire gagner durablement.
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La parenthèse ouverte et refermée par François Mitterrand, interrompue par deux cohabitations, n'aura pas effacé le sentiment d'une incapacité chronique de la gauche à exercer le pouvoir dans la durée : depuis vingt-cinq ans, aucune de ses victoires électorales n’a été confirmée aux élections suivantes.
De grandes villes ont été perdues. Nombre de communes populaires, dont le vote avait toujours été acquis aux partis de gauche, ont basculé à droite. Certaines victoires spectaculaires, en 1997 ou 2004, n’ont été que des moments de rémission temporaire dans un état général singulièrement dégradé.
L'influence de la gauche recule chez tous ceux qui, précaires ou en sursis, se savent menacés par la mondialisation. Elle recule chez les jeunes actifs et chez les personnes âgées. Pour tenter de conjurer ce déclin, la gauche s'est divisée en deux camps.
D'un côté, certains expriment la nostalgie d’une puissance publique empêchant le capital d’être trop mobile. En proposant de renouer avec une économie administrée imaginaire, ils pensent toucher les plus humbles et les plus menacés par les mutations de l’économie.
Or cette gauche nostalgique de la toute-puissance de l’État emploie des mots inventés il y a trop longtemps. Loin d’avoir un quelconque effet mobilisateur, ses messages sont devenus inopérants. Les électeurs ne les entendent plus. Ils ont changé et ils savent qu’autour d’eux, le monde lui aussi a changé.
De l’autre côté, on trouve tous ceux qui, à gauche, regardent le marché avec bienveillance : « augmentons la taille du gâteau », disent-ils, « et redistribuons-le ensuite ». Tout en laissant faire le marché, il conviendrait de prendre soin des exclus en leur accordant revenu minimum d’insertion et couverture maladie universelle.
Cette gauche dite moderniste a beau jeu de vouloir réconcilier le marché et la générosité. Mais, ce faisant, elle ignore tous ceux qui, parce qu’ils appartiennent à la classe moyenne, ne bénéficieraient plus de la protection sociale si celle-ci se trouvait réduite à un filet de sécurité. Qu’on se le dise : on ne fait pas rêver le peuple en lui promettant une branche à laquelle se raccrocher.
Deux postures, donc, qui renvoient à une même impuissance. Les premiers sont aveugles aux évolutions du monde ; les seconds sont sourds aux signaux que leur envoient les insiders vivant dans l’angoisse du déclassement et aujourd’hui négligés par les politiques publiques.
À sa façon, la droite a conçu une synthèse plus habile et mieux adaptée aux attentes de l’électorat. Son discours régalien sur l’État lui permet de prendre l’ascendant sur une gauche qui doute de l’action publique ou se replie sur des recettes dépassées. La rhétorique du mérite, du travail, de la responsabilité individuelle et du refus de l’assistanat a capté l’attention bienveillante des électeurs les plus modestes autant que des cadres. Tandis que la gauche continue de croire qu’elle doit choisir entre différentes composantes hétérogènes de l’électorat, la droite a construit des messages qui trouvent un écho dans toutes les couches de la société française.
Ailleurs, la gauche a également compris cet impératif. Aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Suède ou au Danemark, elle a su dépasser la seule défense des plus faibles pour s’adresser au plus grand nombre et rassembler autour des mêmes messages une majorité des électeurs. Simultanément, elle s’est efforcée de construire un corpus de doctrine et d’idées en phase avec la réalité du monde. Ainsi a-t-elle pu conquérir le pouvoir et l’exercer dans la durée sans rien renier de ses valeurs.
La campagne présidentielle qui s’achève a montré que Ségolène Royal a eu les bonnes intuitions sur les faiblesses de la gauche et les progrès qu’elle doit accomplir pour regagner la faveur des électeurs. Il faut à présent s’inscrire dans le sillon qu’elle a entrepris de creuser. Il s’agit d’inventer une nouvelle politique, qui parle à tous et qui soit en phase avec la réalité du monde.
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Quelle est cette réalité ? Pour le meilleur et pour le pire, la mobilité est la marque de notre temps. Elle suscite un dynamisme de l’économie mondiale sans équivalent dans l’histoire. Elle donne à l'inventivité humaine une souplesse et une réactivité jamais égalées. Dans cet univers du mouvement perpétuel, les mieux dotés parviennent à s’en sortir. Acteurs d’un changement dont ils maîtrisent les codes, ils savent tirer parti de la mondialisation.
Mais la mobilité exacerbe aussi la part d'ombre du capitalisme : l’obsession du rendement immédiat ; l'aveuglement aux désordres économiques, sociaux ou environnementaux qu'il engendre. Trop de citoyens se savent à la merci de décisions qui leur échappent. S’ils travaillent aujourd’hui, ils traverseront demain des périodes de chômage. Leur vie est bornée par la crainte de perdre leur emploi et de ne pas en retrouver. Ils ont un emprunt à rembourser, des enfants à éduquer. Ils vivent la précarité au quotidien.
Au total, certains ont hérité du pouvoir de s’inventer un futur. D’autres ne peuvent aller de l’avant parce qu’ils n’habitent pas le bon quartier ou parce qu’ils ne connaissent pas les bonnes personnes.
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La vocation de la gauche, c’est de penser et de comprendre ces inquiétudes, ces déceptions, mais aussi les espérances qu’elles révèlent. Elle doit le faire sans condescendance ni apitoiement, mais avec le souci permanent de tracer de nouvelles lignes d’horizon. Pas d’indifférence ni de mépris ; pas de bons sentiments ou d’assistance ; la justice.
Nous pensons qu’il est temps, pour la gauche, de redéfinir les conditions de l’action publique. Nous voulons que l’exercice de la puissance publique, la refonte de la Sécurité sociale, l’affirmation de la liberté réelle et le refus de l’hérédité sociale permettent à chacun de redevenir maître de sa vie. Chaque Français doit pouvoir se construire un destin individuel à partir de garanties collectives fortement affirmées.
Nous pensons que l'heure est venue de porter ce message et tout en restant fidèles à nos valeurs, de transformer notre discours et notre façon de faire de la politique. Nous pensons qu’il est temps, pour la gauche, de faire de la « politique au marteau » : abattre des cloisons, ouvrir des fenêtres pour que la lumière pénètre enfin dans la bâtisse du socialisme du XXIème siècle. Telles sont les conditions de la victoire.
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Émergence(s) est une association dotée d’un programme de travail intégré et cohérent. Pour aider la gauche à conquérir le pouvoir et à l’exercer dans la durée, elle se fixe quatre objectifs étroitement complémentaires :
Comprendre, dans leur diversité, les souffrances, les espérances, les croyances, les valeurs de la société française. Émergence(s) veut capter les tendances profondes qui la travaillent, au moyen de matériaux bruts (sondages, blogs) ou affinés (études sociologiques, essais).
Analyser les politiques publiques censées offrir à nos concitoyens les sécurités et les protections dont ils sont aujourd’hui privés et qui devraient leur permettre de se projeter en confiance dans l’avenir. Émergence(s) souhaite notamment faire émerger des collectivités locales gérées efficacement par la gauche toutes les idées susceptibles d'être mises en avant et, demain, d’être généralisées.
Formuler les messages et les discours capables de mobiliser et de rencontrer un écho large et durable auprès de nos concitoyens. Émergence(s) entend donner du sens aux propositions qu'elle formulera en les confrontant à un imaginaire, à un système de valeurs, à des représentations.
Organiser une stratégie électorale fondée sur les messages qui auront été dégagés, l’étude de cas exemplaires et l’exploitation méthodique de la littérature consacrée à l’art et la manière, pour la gauche, de gagner des élections.