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LA LIGNE MAGINOT (4ème chronique décalée d'un été de congrès)

Par DA32 :: mercredi 20 août 2008 - 10:08 :: PARTI SOCIALISTE

4ème chronique décalée d'un été de congrès

le 20 aout 2008

 

Ligne Maginot ?

La phase des contributions aura porté à la connaissance de tous l’apparition assumée de « nucléo écologistes » au sein du PS. Ce faisant le PS se banalise : il rejoint l’UMP et le PCF, deux partis qui comptent de longue date dans leurs rangs des « écologistes » favorables au développement des capacités nucléaires de production d’énergie, notamment via la construction de réacteurs EPR en France.

Chez nous ils se retrouvent autour de la contribution thématique «Socialistes et écologistes », reprise en partie dans la contribution générale « Choisir maintenant pour agir demain » (voir extraits en bas de page).

Le PS est un parti étonnant : pas une réunion de sa commission nationale environnement sans que ne s’y expriment en avocats sourcilleux des intérêts de la filière électro nucléaire française des adhérents salariés ou retraités d’EDF ou d’AREVA. Pas une réunion locale consacrée aux questions énergétiques et environnementales sans qu’un adhérent, salarié ou retraité d’une grande entreprise de cette même filière électro nucléaire, n’y prenne la parole pour en défendre les activités et les apports indéfectibles au progrès de l’humanité dans une version remaniée du mot célèbre prêté à Lénine : « le communisme c’est les soviets plus l’électricité », où « électricité » est remplacé par « énergie nucléaire » et « communisme » par « socialisme ». Puissance d’un groupe de pression à visage de camarades….

Dans le même temps nul ne saurait imaginer bien sûr que la commission nationale énergie accueille en son sein des adhérents proposant la mutation de notre système énergétique autour du tryptique « sobriété, efficacité énergétique et développement des énergies renouvelables et décentralisées ». Et pour cause : il n’existe pas de commission nationale énergie ! La question énergétique est sans doute trop délicate pour être confiée à une commission nationale ou pour être débattue à l’aide d’une convention nationale (on attend toujours celle que le 1er secrétaire avait promise au lendemain du Congrès de Dijon en 2003, alors que le gouvernement de droite engageait le « 1er débat national sur l’énergie »).

Nos amis de la contribution thématique « Socialistes et écologistes » écrivent : « Les lignes de fracture entre gauche et droite sur la question environnementale sont les mêmes que sur la question sociale. La droite prétend que le marché et la toute-puissance des innovations technologiques peuvent résoudre « naturellement » la crise écologique, voire suppléer à la nature, si on les laisse faire. » N’ont-ils pas eu l’impression d’une contradiction entre ces affirmations et leur volonté de privilégier le développement de l’énergie nucléaire ?

Certes, nous socialistes, ne sommes pas à l’abri des contradictions … mais celle-ci interpelle.

Nous ne sommes plus au début des années 1970. Le « tout nucléaire électrique » est aujourd’hui une réalité dans notre pays, et la France est en train de devenir la plateforme nucléaire de l’Europe, l’équivalent de près de 10 réacteurs nucléaires fonctionnant pour l’exportation. Faut-il aller encore plus loin dans cette voie ? Rien n’est moins sûr.

L’indépendance énergétique du pays sera-t-elle mieux assurée demain avec la multiplication de réacteurs EPR ? C’est fort peu probable. La dépendance de notre pays à l’égard du pétrole importé est de même niveau que celle de nos voisins européens : nos automobiles comme nos camions roulent au pétrole, c’est une évidence qui mérite d’être rappelée. De même notre dépendance au gaz importé, notamment pour le chauffage de nos logements et de nos bureaux, saute aux yeux.

Dans le contexte actuel de notre bilan énergétique, l’électricité nucléaire est-elle substituable aux autres énergies pour satisfaire les besoins des français ? A l’évidence non, sauf à envisager de passer au chauffage électrique partout, et encore il serait possible de privilégier le recours à des formes d’énergie renouvelable. Le nucléaire -chacun le sait- est en outre inadapté aux besoins « de pointe » en électricité, en hiver lorsqu’il fait froid ou en été lorsqu’il fait chaud.

L’électricité nucléaire permet-elle l’égal accès de tous à une source d’énergie ? Là encore, la réponse est négative quand on pense aux 3 millions de Français (source INSEE) qui ont froid l’hiver. Avant d’être une question technologique, l’égal accès de tous à l’énergie est une question politique.

La priorité donnée par la Droite à l’investissement nucléaire, effectué de facto au détriment d’une politique sérieuse d’économies d’énergie, préserve-t-elle le pouvoir d’achat des ménages ? Rien n’est moins sûr : son coût réel est rien moins qu’établi. Tout locataire dans le parc immobilier social, logé dans un parc construit dans les années 70 au « tout électrique », le sait bien : sa facture mensuelle pèse plus que très lourdement. En outre, elle n’empêche pas les inégalités sociales de se creuser : la part des dépenses énergétiques dans le revenu des ménages les plus modestes est passée de 10% à 15 % entre 2001 et 2006, celle des plus riches, elle par contre, a diminué. En 2006, en France, la part des dépenses énergétiques des 20% des ménages les plus modestes est ainsi 2,5 fois plus élevée que celle des 20% des ménages les plus riches (source ADEME et INSEE).

Et si, au final, nos amis nucléo écologistes se laissaient aller au mirage d’une nouvelle « ligne Maginot » ? Ils considèrent comme un atout à préserver le fait d’être le seul pays au monde dont 85% de notre électricité soit d’origine nucléaire. Aucun autre pays n’a pourtant cru bon de nous imiter, puisque nous sommes les seuls à avoir un taux d’électricité d’origine nucléaire très sensiblement au-dessus de 50%. Et si cet « atout » se révélait, aujourd’hui, comme une impasse stratégique, bloquant la nécessaire mutation de notre système énergétique ? L’énergie la moins coûteuse et la moins émettrice de gaz à effet de serre est celle que l’on ne consomme pas. L’évidence devrait alors s’imposer que l’atout véritable pour les années à venir c’est la sobriété et l’efficacité énergétique.

Tout n’est pas possible. Des choix s’imposent. Le premier d’entre eux est d’engager le changement de modèle de développement, dans lequel s’insèrera notre mutation énergétique. La priorité doit être de réduire massivement notre consommation d’énergie avec comme préoccupation d’en faire bénéficier les ménages modestes.

Dès lors quid de nos capacités nucléaires ? Ecoutons Christian Bataille, notre camarade député du Nord, qui écrit dans sa contribution : « vouloir multiplier les réacteurs dans les vingt ans qui viennent n’a pas beaucoup de sens si on ne tient pas compte des besoins ». Christian parle d’or !

Nous voudrions dire à nos amis socialistes et nucléo écologistes que nous attendons, comme eux, que le débat puisse enfin avoir lieu dans ce Congrès et après, quand le PS sera remis au travail. Dans cette perspective nous les invitons à réfléchir au scénario où nous n’aurions pas à dire plus tard que nous aurions dû suivre un autre chemin autrefois. Ce scénario, pour nous, est bien entendu à l’inverse de la nouvelle « ligne Maginot » qu’ils nous invitent à consolider et développer.



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