"Je suis là aujourd'hui, je serai là demain. Rien ne me fera reculer"
Nicolas Sarkozy aurait presque pu déposer sa propre motion pour le congrès de Reims du Parti socialiste en novembre. Certains passages du discours présidentiel de Toulon, jeudi 25 septembre, n'auraient pas déparé dans la plupart des textes remis deux jours plus tôt devant le conseil national du PS.
La "synthèse", comme disent les socialistes, aurait été, par exemple, tout à fait envisageable entre M. Sarkozy, jugeant que "l'idée de la toute-puissance du marché qui ne devait pas être contrariée par aucune règle était une idée folle", et le texte de Benoît Hamon, leader de la gauche du PS, dénonçant "l'impasse" que constituent "le libre-échange sans frein et les déréglementations généralisées". De même, lorsque le chef de l'Etat appelle à "poser des questions qui fâchent comme celle des paradis fiscaux", il rejoint Ségolène Royal qui s'en prend à "une économie qui tolère que les paradis fiscaux hébergent sans entrave des fonds d'investissement sans éthique". Ou Bertrand Delanoë, partisan d'un "régime de responsabilité pour les acteurs du secteur financier". M. Sarkozy désigne ses adversaires. Ce ne sont pas les réformistes de gauche mais les tenants de "l'anticapitalisme (qui) n'offrent aucune solution à la crise actuelle". Bref, Olivier Besancenot, plutôt que François Hollande.
DÉTRICOTAGE DU DROIT SOCIAL
Cependant, face à cet art du contre-pied devenu la marque de fabrique du président, les socialistes ne se sentent plus tout à fait démunis. M. Sarkozy, font-ils valoir, prend le risque d'être pris à son propre jeu. L'angle de leur riposte consiste à opposer les convictions "régulatrices" du chef de l'Etat au contenu de sa politique intérieure.
Ils concentrent leur tir sur l'amorce de privatisation de La Poste, le "détricotage" du droit social, en particulier dans le domaine du temps de travail ou encore les effets du "bouclier fiscal" favorable aux plus fortunés.
Dénonçant la "lucidité tardive" de M. Sarkozy, François Hollande a réclamé dès jeudi soir des mesures immédiates de "pénalisation fiscale" des "parachutes dorés". Benoît Hamon a dénoncé "un mélange d'approximations économiques et de bégaiements idéologiques" alors que Bertrand Delanoë s'est demandé "quel crédit accorder à cette prise de conscience subite de la nécessité d'une forte régulation publique".
Pour sa part, Michel Sapin, secrétaire national du PS à l'économie, s'en est pris "au gouffre qui sépare le discours et les faits du président Sarkozy". "Quand Nicolas Sarkozy comprendra-t-il qu'il n'est plus en campagne électorale, lorsque seuls les mots comptent ? Aujourd'hui, a-t-il conclu, ce que veulent les Français ce sont des résultats."