Voici les principales innovations du nouveau traité européen, approuvé par les dirigeants de l'UE dans la nuit du jeudi 18 au vendredi 19 octobre, à Lisbonne.
Un traité, pas une Constitution
Alors que la Constitution remplaçait tous les traités par un texte unique, le nouveau traité amende les deux traités "fondateurs" (le traité de Rome de 1957 sur la Communauté européenne et le traité sur l'UE de Maastricht en 1992), comme les traités d'Amsterdam (1996) ou de Nice (2000).
Les termes qui pouvaient assimiler l'UE à un Etat fédéral sont éliminés. C'est le cas pour le mot "Constitution" ou les symboles (drapeau, hymne, devise), même si ces derniers continuent à exister.
De nouveaux droits pour les citoyens
Le traité rend contraignante la Charte des droits fondamentaux, 54 articles sur les droits du citoyen (liberté, égalité, droits économiques et sociaux). Bien que cette Charte ne concerne que le droit européen, et pas le droit national. La Grande-Bretagne et la Pologne ont obtenu une dérogation à son application.
Un million de citoyens européens peuvent "inviter" la Commission européenne à "soumettre" une proposition législative dans un domaine donné.
Des institutions remaniées
Au lieu d'une présidence tournante semestrielle, un président du Conseil européen (qui rassemble les dirigeants européens) sera élu par ses pairs pour deux ans et demi. La rotation restera pour la présidence des conseils des ministres.
Ce président préparera les sommets et représentera l'UE sur la scène mondiale, sans empiéter sur les pouvoirs renforcés du "Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère et la sécurité".
Ce dernier, actuellement Javier Solana, devient vice-président de la Commission européenne et coordonne toute l'action extérieure de l'UE.
Pour plus d'efficacité, la Commission, qui fait les propositions législatives, comptera, à partir de 2014, un nombre de commissaires égal à deux-tiers des Etat membres, alors qu'actuellement chaque Etat a "son" commissaire.
Le Parlement européen va étendre son pouvoir de co-décision législative avec les Etats membres sur les questions sensibles de justice, sécurité et d'immigration légale. Les Parlements nationaux pourront demander à la Commission de revoir une proposition s'ils jugent qu'elle empiète sur leurs compétences.
Des prises de décisions facilitées
Le champ des décisions prises à la majorité qualifiée est étendu à une quarantaine de nouveaux domaines, principalement la coopération judiciaire et policière.
Britanniques et Irlandais ont obtenu de ne pouvoir appliquer les décisions dans ces domaines que lorsqu'ils le souhaitent, mais ils ne pourront pas freiner les autres.
L'unanimité demeure cependant la règle pour la politique étrangère, la fiscalité, la politique sociale ou la révision des traités.
Un nouveau système de vote
Une décision à la majorité qualifiée sera prise si elle obtient le soutien de 55% des Etats représentant 65% de la population de l'UE. Mais l'application de ce système a été différée à 2014, voire 2017, après un compromis complexe avec la Pologne.
De nouvelles politiques
Le traité introduit de nouveaux objectifs comme une politique commune de l'énergie et la lutte contre le réchauffement. Il reconnaît l'importance des services publics et introduit une "clause sociale" à prendre en compte dans chaque politique de l'Union.
La "concurrence non faussée", phrase qui avait fait polémique en France pendant le référendum, n'est plus un objectif mais un moyen nécessaire au bon fonctionnement du marché intérieur.
Clause de sortie
Le traité introduit la possibilité pour un pays de quitter l'Union dans des conditions à négocier avec ses partenaires.
Les réactions en France
Jean-Marie Le Pen, président du FN : Le nouveau texte "ne fait que reprendre les dispositions sur la Constitution européenne" rejetée par les Français et Néerlandais en 2005 et n'a "aucune légitimité".
"La seule attitude démocratique (...) est désormais d'organiser un référendum" sur ce texte qui "abandonne définitivement les souverainetés nationales". Le Front national "demande aux Français de manifester leur opposition à cette infamie, à cette insulte à la nation, à cette destruction de ce que tant de générations ont bâti et préservé par leur travail et par leurs sacrifices". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
Yann Wehrling, porte-parole des Verts "Ce bricolage européen ne résout rien, il ne relance nullement la construction européenne et ceux qui veulent une Constitution européenne pour une Europe politique ont beaucoup de travail devant eux". Réfutant le qualificatif de "simplifié" pour ce traité, il critique un texte "d'une confusion incroyable". S'il salue "le fait qu'on sortira enfin du blocage institutionnel complet que fut le Traité de Nice", il regrette une sortie "lointaine", en 2017.
"Ce qui est présenté comme des avancées (majorités simplifiées, fin du huis clos au Conseil, pouvoirs du Parlement doublés) est largement contrabalancé par des reculs". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
Marielle de Sarnez, vice-présidente de l'UDF-MoDem: "En tenant compte de certaines des avancées démocratiques déjà contenues dans le traité constitutionnel, le nouveau traité va dans le bon sens car il permettra d'améliorer le fonctionnement des institutions (…). Pour autant, il ne règlera pas la question plus essentielle de l'avenir de l'Union, car la crise que traverse depuis plusieurs années l'Europe n'est pas simplement une crise de fonctionnement. C'est également une crise d'inspiration". L'adoption par les dirigeants de l'UE "du traité dit 'simplifié' -qui est en réalité d'une grande complexité- constitue certes un pas, mais dans une direction dont on a encore du mal à voir le sens, faute de volonté politique (…). En témoigne l'abandon des symboles européens (hymne, drapeau) qui constituaient pourtant un repère pour les citoyens". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
Nicolas Sarkozy, président de la République: "La France s'engagera dans une ratification parlementaire et je souhaite que cette ratification puisse avoir lieu dans les plus brefs délais (...) C'est-à-dire au mois de décembre 2007". Un référendum est exclu, "ce serait un reniement de ma parole de faire". (Conférence de presse, vendredi 19 octobre)
Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP: "C'est une très grande victoire de la France et de Nicolas Sarkozy dont l'engagement sans faille sur le dossier européen depuis maintenant 20 mois est aujourd'hui salué. (…) Initié par le président de la République et approuvé par l'ensemble de nos partenaires, ce traité permet à l'Europe de sortir d'une crise qu'elle connaissait depuis plusieurs années. Son adoption définitive va remettre le projet européen sur les rails (…). Grâce à cette initiative, la France réaffirme son fort attachement à la construction européenne et démontre que, plus que jamais, elle est l'un des moteurs de l'Union européenne". L'UMP réunira "prochainement" son bureau politique "pour tirer toutes les conséquences de cet événement". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
Nadine Morano, porte-parole de l'UMP: "Maintenant, il appartient à la France de ratifier ce traité dans les meilleurs délais, elle s'honorerait à être la première à le faire". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
Benoît Hamon, eurodéputé, porte-parole du Parti socialiste: "Le mini-traité est un texte médiocre et un sujet d'inquiétude pour l'avenir de l'Union européenne". "Le texte relève du règlement intérieur de l'UE plutôt que d'un traité fondateur". Il "manque d'ambition". "Ce texte ne permet pas la relance de l'Union européenne et son fonctionnement à 27".
Pour l'heure, le Parti socialiste "privilégie la voie référendaire" pour la ratification du texte, alors que le gouvernement a choisi la voie parlementaire. Toutefois, le PS "s'exprimera plus tard sur ce qu'il convient de faire". "Un groupe de travail" sera constitué par le bureau national du PS pour mener le débat sur le traité et sa procédure de ratification. Le nouveau traité "fait des mécontents de toutes parts, aussi bien chez les partisans du oui que du non". "Nicolas Sarkozy a privilégié un outil pour la communication" et "a échoué à modifier l'équilibre du traité constitutionnel". Le texte comporte des "points noirs": il "ne permet aucune avancée en matière de politique sociale, fiscale, monétaire et budgétaire". Les coopérations renforcées "restent difficiles", et la place des petits Etats "importante". (Déclaration à la presse, vendredi 19 octobre)
Axel Poniatowski, président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale: "Je me réjouis de l'accord historique" obtenu au Conseil européen de Lisbonne sur un texte qui "permet de réconcilier les partisans du oui et ceux du non à l'ancien projet de Constitution européenne (…).Le Parlement français doit désormais donner l'exemple en ratifiant au plus vite ce nouveau traité modificatif, afin de permettre son entrée en vigueur dès 2009". Il faudrait que le gouvernement saisisse le Parlement "le plus rapidement possible" de ce traité, "dès qu'il aura été officiellement signé". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
Valéry Giscard d'Estaing, ancien président français (ex-président de la Convention chargée de rédiger le projet de Constitution européenne, rejeté en 2005): "C'est l'essentiel: les outils proposés sont intacts. L'Union européenne pourra mieux fonctionner. (…) Aucune avancée nouvelle n'a été introduite. Le texte reprend l'ensemble des avancées institutionnelles contenues dans le projet constitutionnel (présidence, composition de la Commission, affaires extérieures, droits du Parlement européen, vote à la double majorité). (…) En revanche, le texte marque un recul en abandonnant le concept constitutionnel contenu dans la déclaration de Laeken, et les symboles européens (drapeau et hymne) pourtant adoptés par les citoyens. (…) Il n'est pas certain que (la) présentation complexe" du nouveau texte "facilite la compréhension des citoyens. (…) Quant au bilan des changements, il avantage principalement la Grande-Bretagne, qui jouira d'un statut particulier (…). La France, elle, n'a pas obtenu les changements réclamés par certains des partisans du 'non' au référendum (…). La concurrence 'libre et non faussée' figure toujours dans le projet (...) et la primauté du droit européen sur le droit national est confirmée (…). Il appartiendra maintenant aux gouvernements de conduire la procédure de ratification. (…) Dans quelques années, sous la pression du Parlement européen et des citoyens, on regroupera l'ensemble de ces dispositions dans un seul texte, qui donnera à l'Union européenne sa charte fondatrice, cohérente et lisible". (Déclaration à l'AFP, vendredi 19 octobre)
Marc Laffineur, vice-président UMP de l'Assemblée nationale: Ce moment est "émouvant". "Une période de deux ans d'immobilisme et de crise institutionnelle" prend fin. (Dans les couloirs de l'Assemblée, vendredi 19 octobre)
Pierre Lequiller, président de la délégation de l'Assemblée nationale pour l'UE: Cet "accord historique (…) permet enfin le dénouement de la crise institutionnelle. (…) Je souhaite qu'après la signature en décembre, la France soit parmi les premières sinon la première à le ratifier, ce qui serait un symbole important pour la présidence française" de l'UE au deuxième semestre 2008. (Dans les couloirs de l'Assemblée, vendredi 19 octobre)
Eric Woerth, ministre du Budget Eric Woerth: La France a tenu un "rôle majeur dans cet accord". C'est "un grand moment pour l'Europe", qui "constitue des bases solides pour relancer la construction européenne". (Dans les couloirs de l'Assemblée, vendredi 19 octobre)
Jean-Louis Dumont, député PS de la Meuse: Je suis un peu moins enthousiaste" devant l'absence d'information sur le contenu de l'accord. "Par prudence, j'attends de connaître le contenu"
Jack Lang, député PS du Pas-de-Calais: L'adoption du nouveau traité européen à Lisbonne est "une bonne nouvelle pour l'Europe". "Je m'en réjouis. Il était temps de sortir de l'impasse qui polluait la vie politique et les relations entre nos Etats. Cette issue heureuse nous permettra de traiter concrètement les vrais grands sujets du futur et en particulier, l'enseignement supérieur et la recherche, la culture, l'énergie et le développement durable. (…) Je forme le voeu que l'ensemble des partis politiques français, et le PS en particulier, apporte son soutien à ce projet". (Communiqué, vendredi 19 octobre)
David Martinon, porte-parole de l'Elysée: Cet accord est un "très beau succès". Le président de la République qui s'est largement impliqué dans ce dossier "souhaite que ce traité soit ratifié le plus vite possible". "Le mandat qu'il a obtenu des Français était très clair, pour aller vite, pour débloquer l'Europe et pour qu'on puisse passer à autre chose, en l'occurrence passer aux politiques européennes". "Nous ne pouvons plus nous permettre de prendre de retard en Europe". (LCI, vendredi 19 octobre)
Source : Nouvelobs.com